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Changement climatique et coopérations décideurs – chercheurs au Creseb

Contexte : Un sujet régulièrement abordé dans le cadre du Creseb

Dans le cadre du Creseb, le sujet du changement climatique a été abordé à plusieurs reprises,

> De manière transverse, lors de travaux thématiques : journée cyanobactérie, guide « Débit Minimum Biologique (DMB) et gestion quantitative de la ressource en eau »

De manière spécifique lors d’une journée d’échanges ayant eu lieu en mars 2019.

De manière spécifique dans un atelier dédié lors du Comité Scientifique et Technique (CST) organisé en janvier 2016. Cet atelier a fait émerger au travers des discussions, différents thèmes d’intérêt sur le développement des espèces invasives et la gestion quantitative de la ressource en eau notamment les ressources en eau souterraine ou la question des débits en cours d’étiage. [Compte-rendu]

Le plan d’adaptation au changement climatique élaboré par le Comité de Bassin Loire Bretagne souligne des questions de recherche et des besoins d’outils pour les acteurs de l’eau. Il est soumis à la consultation : [https://agence.eau-loire-bretagne.fr/home/comite-de-bassin/le-comite-de-bassin-se-dote-dun-plan-dadaptation-au-changement-c.html]. Le Creseb a participé à cette consultation, sous l’angle des connaissances. Une note a été produite, elle s’est appuyée sur les discussions avec des membres du Creseb, à la fois sur le plan scientifique et sur le plan de la gestion, ainsi que sur les comptes rendus de réunions et journées au cours desquelles le sujet a été abordé.

La cellule d’animation a également été sollicitée par le Conseil régional pour apporter un appui à la conception d’un projet Life « Breizh Inn », sous la forme d’une note de concept, première étape de sélection des projets vers la conception d’un plan d’adaptation au changement climatique. La cellule d’animation est sollicitée pour faire le lien avec la connaissance scientifique sur le volet « eau ».

Plus récemment, des propositions de collaboration ont émané des syndicats départementaux d’eau potable en lien avec la production d’eau destinée à la consommation humaine. Au vu notamment des évènements climatiques récents (sécheresse au cours de la seconde moitié de 2016 et la première de 2017) et des éléments prospectifs relatifs par exemple à l’évolution des populations, les syndicats s’interrogent sur l’évolution future de ses ressources dans un contexte de changement climatique. Des échanges ont été organisés avec des chercheurs de Geosciences-Université de Rennes 1, le BRGM, Agrocampus Ouest et LETG. Un diaporama, présenté lors de la réunion animateurs Sage et bassins versant organisée par la Région en septembre 2019 en résume les principales conclusions.

Un stage, préalable à une thèse, a été co-encadré par la cellule d’animation (G.Pajot), Jean-Raynald de Dreuzy (CNRS-Géocsciences UR1) et Alexandre Boisson (BRGM). Compte tenu des nombreuses incertitudes sur les données climatiques futures, le projet propose une méthode, en lien avec l’identification d’une variable d’intérêt pour les syndicats d’eau potable, visant à mieux connaître les eaux souterraines, leurs dynamiques de recharge et de vidange ainsi que les stocks. [Rapport en téléchargement]

1- Des besoins de connaissances sur les impacts :

La question du changement climatique et de la ressource en eau pose de nombreuses questions, relevant tant de l’acquisition de connaissances sur les impacts du changement climatique, que de la gestion de ces impacts.

Quelles ressources dans le contexte du changement climatique ? en eaux superficielles (retenues et cours d’eau) ? en eaux souterraines ?
Quelle répartition spatiale et saisonnière des ressources ?
Quels risques d’assèchement et/ou de remontée d’eau salée des forages et puits privés (quelles conséquences des reports vers le réseau public) ?
Quels impacts du changement climatique sur la qualité des eaux, incluant les impacts écologiques (proliférations algales, flux de nutriments, habitats, migrations, zones de frayères) ?
Quels volumes prélevables en lien avec la poursuite d’objectifs de qualité environnementale (DMB) ?
Comment protéger la ressource en eau, notamment vis-à-vis des pollutions diffuses, dans ce contexte ? Quels impacts sur les actions de préservation de la qualité de l’eau, notamment la protection des captages (agriculture à faible intrants, transition vers systèmes herbagers, préservation des zones humides…) ? A quelles conditions ces actions demeurent viables ? Du point de vue de l’eau potable, des traitements complémentaires seront-ils nécessaires ?

Ces changements se font en parallèle d’une augmentation continue de la population en Bretagne et particulièrement en Ille-et-Vilaine et sur le littoral.

Quels impacts du changement climatique sur la demande d’eau ? des populations ? de l’agriculture ? de l’industrie ?
Quelle répartition spatiale et saisonnière de la demande en eau ?

2- Des besoins de méthode pour s’approprier la connaissance

Les questions posées sont également des questions de méthode, relatives à la prise de décision dans le contexte du changement climatique. Il semble en effet difficile de s’approprier la connaissance sur les effets du changement climatique. En effet, la connaissance des effets du changement climatique repose sur des scénarios de réchauffement. Ceux-ci sont ensuite mobilisés dans des modèles d’impacts. Au sein de ces modèles d’impacts, différentes variables peuvent être mobilisées pour simuler les effets du changement climatique (hausse de l’évapotranspiration ; baisse des débits des cours d’eau, baisse de la pluviosité). Ce type de structuration de la connaissance pose des difficultés aux gestionnaires, sur l’utilisation des connaissances existantes et la manière d’appréhender les incertitudes.

1/ l’utilisation de ces connaissances. En effet, de nombreuses données climatique sont d’ores et déjà disponibles sur, par exemple, le portail DRIAS ou la bibliothèque climat. Cependant, les acteurs potentiels utilisateurs de ces données peuvent se sentir démunis face à la quantité de données. Ainsi, il nous semble qu’au-delà de l’acquisition de connaissances, l’accompagnement scientifique doive aussi être méthodologique. Des économistes ont développé des méthodes d’aide à la prise de décision tenant compte de la multiplicité de modèles, de scénarios de réchauffement [+ d'infos]

2/ la manière d’appréhender les incertitudes inhérentes à ce thème : si, de manière générale, les références scientifiques traitant du sujet soulignent l’importance de l’incertitude climatique, il convient de ne pas négliger les autres sources d’incertitudes que représentent les évolutions des milieux, les mouvements et évolutions des populations, des activités économiques. Ce thème du changement climatique nécessite donc de réinterroger la manière d’appréhender les incertitudes dans l’action publique. Ce sujet avait été évoqué lors d’un séminaire co-organisé par le Creseb lors du Carrefour des Gestions Locales de l’Eau en 2016.

3 - Des besoins d’observation, de capitalisation et d’analyse des données pour mieux comprendre et poursuivre l’acquisition de connaissances

A l’échelle régionale, il n'y a pas de collecte et mutualisation des données qui pourraient permettre une analyse globalisante du phénomène (données d'état et d'impact du climat, de la ressource en eau, sa gestion et les usages, données physico-chimiques, ..). Par ailleurs, de nombreuses structures détiennent des données collectées à des fins autres que la connaissance des effets du changement climatique sur l’eau mais qui pourraient aussi être mobilisées dans ce cadre.

Le rassemblement des données en un lieu unique, leur analyse sous le prisme du changement climatique, la constitution de chroniques de long terme pourrait permettre de (1) mieux connaître le phénomène (2) ses implications et (3) d’alimenter des travaux de modélisation et/ou de prospective. Les questions qui se posent sont transversales aux différents thèmes identifiés.

Quelles sont les tendances d’évolution des paramètres ?
Quelles données pour identifier ces tendances ?
Auprès de qui sont-elles disponibles ? Qui peut les analyser ?
Peut-on identifier un « signal » climatique ?
Comment/avec quelles méthodes ?
Quelles indications peut nous donner l’analyse des évènements extrêmes (sécheresse, tempêtes,..) ?

Des observatoires du changement climatique existent dans plusieurs régions de France. Historiquement, leur mission s’est concentrée sur les émissions de gaz à effet de serre et les utilisations de l’énergie. Cependant, en Région Auvergne Rhône Alpes, des indicateurs visant à décrire le changement climatique et ses impacts sont publiés régulièrement. Il s’agit d’indicateurs climatiques, d’indicateurs relatifs à la gestion de l’eau (tableau 1) (sécheresse, durée/sévérité des étiages….) et d’indicateurs relatifs à l’agriculture et la sylviculture. (http://orecc.auvergnerhonealpes.fr/fr/donnees-territoriales/indicateurs.html)

Tableau 1 : Analyse de l’évolution des débits sur divers cours d’eau entre 1966-1991 et 1991-2016