Projet SOPHY

Co-construction d’un projet scientifique en appui aux territoires bretons visant la réduction d’usage des pesticides

Projets | Recherche action | Publié le 28 avril 2022
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Quels sont les besoins d’appui scientifique de territoires s’engageant dans une réduction forte des usages de pesticides, voire dans une démarche zéro-pesticide, dans le but d’améliorer la qualité des eaux utilisées pour produire de l’eau potable ?  Pour répondre à cette question, le Creseb accompagne la co-construction d’un projet de recherche-action à l’échelle de la Région Bretagne. A partir d’une offre scientifique bâtie par un consortium pluridisciplinaire, la démarche entre dans une phase de co-construction avec les acteurs de territoires porteurs d’actions de réduction des usages, en particulier en agriculture. La prise en compte des besoins opérationnels de ces acteurs doit permettre d’aboutir à la proposition d’un projet de recherche-action de trois ans, en phase avec les autres initiatives scientifiques régionales sur le sujet : le projet SOPHY.

Début de projet : septembre 2022 (Pré-SOPHY)
Durée : 9 mois (Pré-SOPHY)
Porteurs : CNRS, UMR Géosciences Rennes
Partenaires financiers : Région Bretagne

Table of Contents

A la suite des premiers travaux conduits en 2019-2020, le Creseb accompagne l’émergence d’un projet de recherche-action sur les pesticides en Bretagne. L’objectif est de proposer un accompagnement scientifique aux territoires expérimentant une réduction importante des usages de pesticides, voire une suppression de ces usages, dans le but d’améliorer la qualité des eaux utilisées pour produire de l’eau potable.

Proposition d’une offre d’appui scientifique à des territoires « zéro-pesticide »

Un projet en réponse aux demandes des territoires et des politiques publiques

D’une part, des échanges au sein du bureau du Creseb ont permis d’effectuer une première analyse des besoins des gestionnaires sur les questions d’eau et de pesticides. Ces besoins portent d’une part sur une amélioration des connaissances sur l’état de la contamination des masses d’eau par les pesticides, les stratégies de suivi de cette contamination et l’interprétation de leurs résultats, et d’autre part sur l’identification des leviers de réduction des usages et des transferts de pesticides dans les bassins versants. Un besoin fort également exprimé est l’intégration dans cette démarche non seulement des molécules mères des pesticides, mais aussi de leurs métabolites.

D’autre part, le Creseb a pris note de l’objectif « zéro-pesticide à l’horizon 2040 » fixé par la Région Bretagne dans son SRADDET. Saisi par le Conseil Régional sur la question des conditions de mise en place de territoires expérimentaux zéro-pesticide en Bretagne, le Creseb a formulé un certain nombre de recommandations, dont celle d’appuyer ce type d’expérimentations sur des compétences scientifiques pluridisciplinaires. Des scientifiques bretons du CNRS et de l’INRAE ont proposé en écho aux recommandations du Creseb de poursuivre les travaux préliminaires initiés dans un stage de Master en 2020 par un projet de recherche-action plus vaste et plus ambitieux. Le Creseb accompagne l’émergence de ce projet dans une optique de structuration d’un appui scientifique apporté aux territoires désireux de s’engager dans une démarche « territoire zéro-pesticide ».

Encadré : Quels sont les usages considérés ?

La mise en place de territoires expérimentaux zéro-pesticide implique une réflexion englobant tous les usages (agricoles et non agricoles). Cependant, étant donné la prévalence des usages agricoles, le projet se concentre sur ces derniers.

Construction d’une offre de recherche par un consortium scientifique

Dans un premier temps, le noyau de scientifiques bretons du CNRS et de l’INRAE a travaillé à la construction d’une offre de recherche portée par un consortium pluridisciplinaire regroupant des équipes parmi les meilleures en France sur le sujet.

Composition du consortium scientifique :

  • UMR CNRS “Géosciences Rennes“, Rennes (Gérard Gruau, Emilie Jardé)
  • UMR INRAE “Sol Agro et hydrosystème Spatialisation”, Rennes (Rémi, Dupas, Patrick Durand)
  • UMR INRAE “Riverly”, Lyon (Nadia Carluer, Véronique Gouy, Jean Marçais)
  • Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique, Rennes (Barbara Le Bot, Vincent Bessonneau, Fabien Mercier, Delphine Pellé, Emilie Surget)
  • Laboratoire Peirene, Université de Limoges (Sophie Lissalde, Robin Guibal, Thibaut Le Guet, Gilles Guibaud)

Les axes proposés pour le projet sont les suivants :

Volet 1 : Analyse des données existantes en lien avec des actions déjà en place de réduction des usages et des transferts.

Il s’agit de définir l’état exact de la contamination de la ressource en eau des bassins versants cibles d’actions de réduction d’usages et de transferts, en analysant la variabilité spatiale et temporelle de la contamination. Ce travail vise à définir un état initial sur lequel baser des objectifs pour les territoires débutant leurs actions, et à proposer une évaluation pour les territoires où des actions ont déjà été engagées.

Volet 2 : Nouvelles approches de monitoring pour le suivi des molécules mères et de leurs métabolites.

Il s’agit ici de mieux décrire la contamination des eaux des bassins versants, via le déploiement d’échantillonneurs passifs permettant de piéger en continu les substances “au fil de l’eau”, et donc de palier les discontinuités générées par les prélèvements ponctuels réalisés dans le cadre des suivis habituels, tout en assurant une meilleure détection des pesticides.  Il s’agit aussi de mieux prendre en compte le compartiment “métabolites” dans les suivis, ce qui passera le cas échéant par la mise au point de méthodes de dosage spécifiques. Le but est d’améliorer le diagnostic de la contamination sur les territoires, en particulier sur les têtes de bassins versants, et aussi, de fournir des données plus représentatives de la réalité de la contamination pour la modélisation des liens entre usages et impacts sur la qualité de l’eau.

Volet 3 : Boîte à outils “modélisation” pour l’action et l’évaluation

Il s’agit ici de construire des approches de modélisation pouvant accompagner plus directement l’action que les outils de modélisation à vocation de compréhension des mécanismes communément développés par la recherche. Le but est d’intégrer des outils et méthodes déjà existants dans une même boîte à outil permettant i) d’identifier les composantes des écoulements impliquées dans les transferts, les temps de résidence des pesticides et des métabolites dans les différents compartiments hydrologiques, et la vulnérabilité intrinsèque des bassins versants au transfert ; ii) d’identifier au sein des bassins versants les zones les plus sensibles aux transferts ; iii) d’évaluer des scénarii visant à déployer des stratégies de réduction des transferts rapides et des transferts lents.

Volet 4 : Transfert/appropriation des résultats vers/par les acteurs

Il s’agit dans ce volet de coordonner le projet avec les stratégies d’action retenues par les territoires, de créer les conditions d’un échange régulier entre chercheurs et gestionnaires, de concevoir et diffuser des supports d’appropriation des résultats de la recherche par ces mêmes gestionnaires.

Ouverture d’une phase de co-construction avec les territoires : le projet Pré-SOPHY

Adapter l’offre de recherche aux besoins des territoires

La proposition scientifique initiale a été présentée à des référents scientifiques spécialistes du domaine, à des territoires et à des acteurs institutionnels. Les retours ont souligné qu’un accompagnement scientifique sur l’eau ne peut pas se concevoir sans une prise en compte des usages passés et actuels de pesticides, ni sans une intégration des dynamiques de réduction des usages déjà engagées dans les territoires, et de leurs effets. Cette prise en compte et cette intégration supposent la mise en relation de “l’offre de recherche” proposée avec les données et compétences des collectivités et des organismes techniques et professionnels impliqués dans des démarches de réduction des usages de pesticides.

Par ailleurs, le rapport de saisine pesticides du Creseb souligne que l’enjeu pour des territoires zéro-pesticide ne résiderait pas uniquement dans la sélection des actions de réduction des usages les plus efficaces. Ces dernières sont globalement connues (cf. pour l’agriculture Ecophyto PIC, et pour les particuliers et JEVI Ecophyto PRO). L’enjeu porte sur l’acceptabilité de ces actions, et leur inscription dans une stratégie territoriale plus intégrée, notamment dans ses dimensions économiques et sociologiques, et dans la prise en compte du rôle des filières. Ces réflexions invitant à faire « mûrir » le projet initial ont abouti à la proposition d’une phase plus élaborée de co-construction avec les territoires, conduite dans le cadre d’un projet intitulé Pré-SOPHY.

Animer la co-construction entre scientifiques et territoires

Le projet Pré-SOPHY qui durera 9 mois et débutera au second semestre 2022 a obtenu le soutien de la Région Bretagne. Il sera animé par un.e chargé.e de mission recruté au CNRS et appuyé par le Creseb.

Le projet Pré-SOPHY est constitué de quatre tâches :

  • Tâche 1 : Cartographier les initiatives de réduction des usages/transferts de pesticides déjà enclenchées (DPR2, arrêtés d’interdiction, labels/filières, etc.) + identifier les bassins versants candidats pour s’engager dans un projet de recherche-action sur les pesticides (actions de réduction forte des usages/transferts enclenchées ou prévues)
  • Tâche 2 : Co-construire une version de projet intégrant les besoins des territoires et évaluer l’opportunité d’un élargissement thématique (agronomie, économie, sociologie, santé)
  • Tâche 3 : Produire un annuaire des compétences et des projets passés et actuels sur les pesticides en Bretagne (lien avec tâche 2)
  • Tâche 4 : Finaliser et consolider la maquette financière du projet SOPHY

« Réduire rapidement et fortement la contamination des eaux par les pesticides et leurs métabolites est une nécessité, tant les risques pour la santé des hommes et des écosystèmes sont importants. Les projets SOPHY et Pré-SOPHY sont symptomatiques de la complexité de la transversalité des problèmes posés, et de la nécessité de co-construire un cadre partagé de réflexion et d’action associant tous les acteurs concernés »

Gérard GRUAU (CNRS, Géosciences Rennes)

Aboutir à un projet de recherche-action pluridisciplinaire : le projet SOPHY

Un projet de recherche-action sur trois ans…

Le projet SOPHY doit constituer un projet de recherche-action au sens où il impliquera des acteurs des territoires dans le processus de recherche. C’est à la condition de cette articulation avec des territoires d’action que le projet SOPHY pourra fournir des livrables opérationnels en phase avec les attentes et préoccupations des différents acteurs concernés (gestionnaires, agriculteurs, filières, etc.) et donc davantage susceptibles d’être utilisés par ces derniers. Cette notion d’appropriation des travaux de la recherche est essentielle dans les travaux du Creseb, et c’est l’objectif attendu des collaborations avec des bassins versants.

Le projet SOPHY portera sur 3 années.

…articulé avec les autres initiatives régionales sur le sujet

Le Creseb met en place en 2022 un groupe de travail régional eau et pesticides. Ce groupe sera informé régulièrement des avancées du projet SOPHY et de sa phase de co-construction (Pré-SOPHY). Les travaux seront ainsi replacés dans un cadre de réflexion régionale sur les possibles contributions du Creseb sur le sujet « eau et pesticides ».

Pour aller plus loin

Site web du Creseb

Depuis 2019, le Creseb a consacré une partie de ses travaux à la problématique eau et pesticides.

Le Creseb accompagne l’émergence de projets de recherche sur cette thématique. De nombreuses ressources documentaires sont également référencées sur son site.

Retrouvez ici l’ensemble des contenus référencés sur le site du Creseb ayant attrait aux pesticides.

Retrouvez ici les premiers travaux conduits sur la thématique eau et pesticides.